
Sans trainer, je me lance a l'assaut du col de Llogaraja pendant qu'il fait encore bon. Une camionnette me donne un coup de pouce sur la fin. Passe le versant nord de la montagne, la foret s'efface devant une vegetation plus mediteraneenne.
J'amorce a pieds la descente vers la plage de Dhermi, entre route en lacets et raccourcis clairsemes de bunkers. Pres de 700 000 petits domes d'une robustesse a l'epreuve des tanks furent ainsi construits entre 1950 et 1985, sur la cote albanaise mais egalement a l'interieur des terres. Seules une ou deux personnes accroupies peuvent se serrer dans ces champignons de cinq tonnes de beton chacun, heritages indestructibles du communisme a la sauce Enver Hoxha.
Plus bas, une famille m'offre un peu de place dans sa voiture jusqu'a Dhermi. Passes une poignee de bars et restaurants dont la moitie semble en construction (mais l'histoire ne dit pas depuis quand...), le decor est d'une beaute eblouissante. Large de deux ou trois kilometres, la plage de fins galets blancs echappe miraculeusement aux ordures qui souillent la majorite du rivage albanais, probablement grace a son relatif isolement. L'eau est d'un bleu turquoise digne de cartes postales. Quelques legitimes bunkers pour defendre le site (la, je comprends), de tres rares baigneurs et des chevaux qui galopent en semi-liberte donnent un caractere sauvage a l'endroit. Un parasol en piteux etat mais encore capable de remplir ses fonctions parait n'attendre que moi. Un bain de mer au gout d'allegresse, un deuxieme. Le bien-etre absolu.
Le depart de ce site paradisiaque ne pouvait etre qu'un creve-coeur, creve-gosier aussi, puisqu'il s'agit de grimper vingt minutes en plein soleil pour retrouver la route principale. Grosse suee. Assez rapidement, je suis emmene par un 4x4 conduit par un directeur de cabinet de conseil a Tirana. Du genre homme presse. Cela dit, meme si son vehicule lui permet d'avancer nettement plus vite que la moyenne des automobilistes, l'homme presse ne risque pas de rouler a 130 km/h en Albanie. C'est d'autant plus vrai ici que la route serpente entre les escarpements de la cote Ionienne, et que d'innombrables troncons en chantiers ne sont pour l'heure qu'une piste gravillonneuse. Le trajet laisse encore apercevoir plusieurs plages aussi sublimes que paisibles.
Depose dans un petit village, je ne trouve a me restaurer que dans un palace flambant neuf (une barquette de frites suffira) mais vide de clientele, sans doute construit avec quelques annees d'avance sur les autres infrastructures... Une camionnette me conduit ensuite jusqu'a Sarranda.
Emerveille par Dhermi, je suis en revanche en peu decu par cette station balneaire, qu'on me depeint depuis mon arrivee en Albanie comme LE site a visiter. Bien sur, la ville dispose d'une position geographique avantageuse, sur la cote, face a l'ile grecque de Corfou et non loin du site antique de Butrint. Mais elle ne degage aucun charme particulier, son front de mer moins clair qu'a Dhermi est inevitablement jonche de dechets, et les prix sont sans commune mesure avec ceux apercus ailleurs.
Seul avantage : l'endroit est plutot anime. Apres avoir profite quelques minutes d'une festival de danses et de chants traditionnels dans une arene, je me dirige vers une colline voisine pour camper. Grosse grosse erreur strategique. La pente s'avere beaucoup plus longue que prevue, et surtout, la penombre m'a empeche de constater a temps que les pierres ne laissent nulle part le moindre metre carre de libre. Meme pas au sommet. Depite et deshydrate, je fini par installer tant bien que mal ma tente sur la parcelle la moins inhospitaliere possible, a meme le sentier... |