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Albanie - Skoder


de Alain, 18-06-2008

Aux confins de l'Europe


Depuis un mois et demi, s'il est un pays qui ne laisse pas indifferent lorsque je parle de mon itineraire, c'est bien l'Albanie. Autant le dire tout de suite : ses habitants ne sont pas vus d'un bon oeil par leurs voisins croates et italiens, dont plusieurs m'ont incite a la prudence. L'afflux regulier de clandestins traversant l'Adriatique pour l'Italie, et parfois la France puis l'Angleterre n'y est certainement pas pour rien.

Au Montenegro, solidarite avec la Serbie oblige, la situation geopolitique du Kosovo (qui a obtenu une independance controversee en fevrier dernier) habite par une majorite d'Albanais ne va pas non plus dans le sens d'un rechauffement des relations avec le voisin.

Le Francais moyen affiche quant a lui une certaine mefiance vis a vis de ce pays considere comme le plus pauvre d'Europe, apres avoir cavalier seul jusqu'a se recroqueviller sur lui-meme durant les decennies d'un communisme a poigne. Notre imaginaire dessinerait volontiers les Albanais avec une troisieme main pour se servir dans la poche du touriste.

Ce tableau peu reluisant a heureusement ete fortement nuance par les echos de plusieurs voyageurs, notamment quatre "oil-trotters" francais rencontres a Dubrovnik, qui m'ont confie avoir vecu au pays des aigles (embleme national) des rencontres memorables, avec des habitants indiscutablement chaleureux et genereux. A deux reprises, on m'a raconte des experiences malheureuses d'affaires subtilisees... non pas en Albanie mais a Barcelone.

A son seuil, je ressens donc cette excitation matinee d'apprehension qu'eprouverait un enfant au pied d'un grand manege a sensations. Que me reserve ce pays, qui apres avoir rompu avec l'isolement en 1992, a encore connu plusieurs crises jusqu'en 2002?

En preambule, ce sera un doux avant-gout avec Lulzim et Aida, jeune couple Albanais qui me prend en stop a Ulcinj. Juste pour une poignee de kilometres. Le temps d'apprendre que tous deux, recemment maries, partagent leur vie entre le Montenegro et les Etats-Unis. Pour une fois, converser en anglais est donc chose aisee. Ils m'invitent a boire un verre dans leur elegante maison plantee au coeur de la campagne, puis m'emmenent meme jusqu'a la frontiere, que je franchis a pieds. Les douaniers tentent de me delester de 10 euros. Etant au courant de leur stratageme (merci Nelly !), j'obtiens finalement mon coup de tampon sur le passeport avec deux euros. Un "Welcome to Albania !" retentit depuis une voiture stoppee dans le sens inverse.

Si en Europe, de nombreuses frontieres n'ont plus qu'une valeur administrative voire symbolique, celle de l'Albanie constitue l'antichambre d'un monde a part. Lache assez rapidement par un automobiliste qui m'emmenerait volontiers a Shkoder contre remuneration (le cas s'est deja produit plusieurs fois au Montenegro, sur la route de Zabljak), je traverse un decor d'un autre temps, partageant la chaussee avec un paysan, une vache et un cochon. Un autre remue un amas de dechets, en contrebas. Comme a Ulcinj, le passage d'un "backpacker" ne laisse pas indifferent les clients d'un cafe.

Retour au 21eme siecle dans une rutilante Mercedes qui me conduit a Shkoder, a une quinzaine de kilometres. Avant de traverser un pont, un Tzigane d'environ huit ans surgit contre la vitre, quemandant de facon eloquente quelque chose a fumer.

Trop tard pour tenter ma chance vers Tirana, a environ 100 kilometres plus au sud. Sans hote, chercher a sortir d'une ville de 90 000 habitants pour planter la tente ne semble pas tres raisonnable, je me resigne donc a prendre une chambre d'hotel, mon deuxieme hebergement payant apres Venise. Debarrasse du sac, tour a pieds dans le centre de Shkoder. Grandiloquente statue de l'ere communiste. Blocs de betons vetustes et hideux faisant face a de recentes constructions aux couleurs vives. Proximite etonnante et paisible entre trois somptueux lieux de culte musulman, orthodoxe et catholique. Dechets abondants tranchant singulierement avec un penchant prononce pour le lavage de voitures (aux trois quarts des Mercedes, dont certaines ont conserve une plaque italienne ou allemande...) Circulation anarchique entre voitures, scooters, velos, chevaux tractant des carioles et pietons...

En terme de depaysement, me voila servi. Et ce n'est que le debut !

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