
Le festival se poursuit jusqu'a demain. Mais nous avons au moins une bonne raison de lever le camps des aujourd'hui : plus un sou en poche ! A titre personnel, j'ajouterais une certaine lassitude face aux salades vegetariennes, nourriture quasi-exclusive mais peu nutritive vendue sur le site. Voila ce que c'est de ne pas avoir de quoi cuisiner... Meme le precieux stand de parts de gateau qui servait de precieuse aternative a baisse le rideau, comme terrasse par l'hegemonie vegetale. Vivement un repas copieux, un vrai !
Ce repas, on ne le prendra pourtant pas de sitot. Le sort nous aimantre a Beglika. D'abord, mettre le grappin sur Nicolas, auquel j'ai troque la veille des levas contre des euros pour lui permettre de faire des courses. Il me confie comme promis "Le Pingouin", un roman de poche qu'il a fini de lire. Ensuite, remballer les affaires. Alors que je m'apprete a demonter la tente, un orage s'abat sur nos tetes. Encore une occasion de tester l'imprermeabilite de la toile, sous laquelle Angel et moi nous abritons. L'occasion aussi d'attaquer "Le Pingouin", histoire de rompre avec les guides de voyage. Nee sous la plume d'Andrei Kourkov, un auteur ukrainien contemporain, l'histoire prend corps a Kiev. Atmosphere post-communiste grisatre, sclerosee par la corruption et les pratiques mafieuses. Temperatures glaciales, personnages qui le sont tout autant et trinquent a la vodka a toute heure de la journee, comme les Italiens (ou les Bulgares!) boivent du cafe.
Au coeur de l'intrigue, Victor, plus anti-heros que heros, journaliste de son etat (Je ne l'ai pas fait expres!), solitaire, desoeuvre. Il reprend des couleurs lorsqu'un canard lui propose de rediger ses "Petites Croix", autrement dit des necrologies de personnalites encore vivantes. Belle lecon d'anticipation journalistique. Seulement voila. Le climat s'assombrit lorsque les celebrites visees trepassent les unes apres les autres, de facon pas tout a fait naturelle... Et le pingouin dans tout ca? Un animal de compagnie repeche du zoo in extremis avant faillite. Original, certes. Cela dit, meme Kiev ne vaut pas la banquise, et notre manchot d'appartement traine sa depression tragi-comique entre la baignoire et le frigo. Loin d'apporter chaleur et affection A Victor, il ne fait que lui infliger une solitude de plus. Morale de l'histoire : adoptez un chat ou un chien, meme si c'est terriblement banal !
Revenons a nos deux autostoppeurs, qui quittent tardivement le campement non sans avoir visionne un documentaire sur la Bulgarie, projete en salle afin de faire passer le (mauvais) temps. Au bord de la route, nous nous heurtons a un phenomene jusqu'a present inedit en Bulgarie : l'attente longue et vaine. Peu nombreux, les automobilistes paraissent presque tous rentrer de week-end, sieges et coffres plein. Nous finissons par faire un detour pedestre en nous rabattant dans la patite ville de Batak. Le programme ? Retirer de l'argent, enfin combler notre fringale grandissante et faire des provisions en vue d'un camping sauvage de plus en plus probable. Confusion sur la direction a prendre du fait d'une deviation qui derive le traffic, les locaux nous donnent des indications contradictoires. Apres avoir gravi une colline a pieds faute de voitures, nous devalons jusqu'a l'etang de Batak, un cadre naturel parfait pour une nouvelle nuit en tente. |