
La route quittant Cherven reste calme mais pas aussi deserte que celles de la veille. Je ne marche donc pas longtemps avant de cumuler les petits trajets avec des locaux, dont un a l'arriere deja bien rempli d'une Trabant (je crois). Je me demande encore comment j'y ai case mes jambes... Dans l'une des voitures suivantes, on m'offre une poignee de poires. Puis, un couple d'Anglais prend le relais, ils vont visiter les deux sites que je vise. Parfait.
A quatre kilometres de la bourgade d'Ivanovo, nous commencons par un monastere creuse a meme la falaise qui surplombe la gorge, toujours la meme. Si plusieurs eglises ont ainsi ete faconnees, celle de la Vierge Marie presente des fresques murales du XIVeme siecle extraordinairement preservees, sans recours a une quelconque restauration d'apres ce qu'on nous apprend. Plus loin vers Ruse, le monastere de Basarbovo, lui aussi imbrique dans la roche, vaut egalement le detour.
En debut d'apres-midi, trois jeunes Bulgares me deposent a la sortie de la ville de Ruse, soit trois kilometres avant la frontiere. Je compte ensuite sur mes jambes, suite a quelques tentatives de tendre le pouce sur une voie rapide qui s'y prete peu. Ce n'est pas la premiere fois que je m'apprete a penetrer dans un pays en marchant. Mais arrive au checkpoint, un douanier m'arrete net. On ne franchit pas le Danube a pieds ! Refusant de prendre un taxi, je n'ai pas d'autre choix que de tenter ma chance juste avant les postes de controle, ce qui n'inspire probablement pas confiance aux conducteurs...
Chou blanc cote poids lourds, turcs pour la plupart. Apres pres d'une heure, je me rabats cote voitures, ou l'attente promet aussi d'etre longue. A la deuxieme plaque mineralogique de compatriotes, je tente un bruyant appel sonore. "Salut les Francais!" Coup de frein, oeil intrigue dans le retroviseur, la portiere s'ouvre... Bonne pioche ! Je me retrouve sur une banquette arriere au pied de laquelle s'entasse un joyeux bazar. Mes pieds se frayent une place entre une guitare, des provisions alimentaires et des rouleaux de PQ. A l'avant, Alain et Helena, respectivement 27 et 22 ans (oui, je suis tombe sur l'un des rarissimes oiseaux de ma generation portant le meme prenom, le deuxieme rencontre en vingt-cinq ans d'existence!!). Bretons, ils sont sur la route du retour apres un sejour en Bulgarie. Discussion a batons rompus, Alain en est a son troisieme periple dans les Balkans. Mes chauffeurs me font donc traverser le pont enjambant le Danube, et une soixantaine de kilometres plus loin, ils ont la gentillesse de m'amener jusqu'au centre de Bucarest. Ca vaut bien une biere ! |