
Une nuit cahotique a au moins l'avantage de favoriser un depart de bonne heure. Avec Doune, en Italie, lors d'un decollage reussi de bon matin suite a deux journees de pietinnements, nous avions eu l'impression que l'avenir appartient aux auto-stoppeurs qui se levent tot pour profiter des trajets pendulaires.
Pas toujours apparemment, bien que je sois poste des 7h30 a l'endroit reve (vitesse limitee, visibilite optimale et espace plus que suffisant pour s'arreter). Apres avoir traverse l'Italie et s'etre extirpe de plusieurs capitales, on se croit immunise a la froide indifference des automobilistes. Mais allez savoir pourquoi, cette fois elle me tape vraiment sur les nerfs, meme si la pluie a cesse. Sensation accentuee lorsqu'apres avoir change de place (choix pas toujours des plus lucides, mais qui psychologiquement, evite au moins l'impression de stagner), je vois passer sous mon nez un gars, sourire jusqu'aux dents, avec qui j'avais fait le pied de grue et discute un peu. Il allait aussi en direction de Zadar, a Senj. L'ayant apercu passer un coup de fil, je prefere penser qu'une connaissance est venue le chercher plutot que dix minutes de pouce leve lui auront suffi a prendre la route. Toujours est-il que sa voiture ne s'arrete pas.
Je moisirai sur place 2h30 avant d'etre tire de la par Marinko, la cinquantaine, 350 000 kilometres au compteur de sa Volkswagen et environ 30 mots d'anglais dans son bagage linguistique. La route descendant vers Zadar offre une superbe vue sur la cote continuellement bordee d'iles pelees et effilees. Dommage que les intemperies reprennnent, faisant definitivement tomber a l'eau mon ephemere souhait de grimper dans les reliefs plongeant dans la mer du parc national du Velebit. En approchant de notre destination, les panneaux arborant une explicite tete de mort se multiplient au bord de la route. Ils indiquent les pres clairsemes de mines, un sinistre heritage de la guerre.
Comme plusieurs fois auparavant, une peripetie de fin de parcours m'attend a Zadar. Bien qu'on ne soit pas dimanche, c'est tout comme en ce jour ferie. Pas moyen de trouver une carte telephonique pour appeler Boris, mon hote. J'ai bien le nom de sa rue et l'etage, mais pas le numero... Apres un passage a l'office de tourisme pour localiser l'artere en question, je me resoud a y entamer une tournee d'interphones en quete du nom de famille "Juras", en esperant qu'il n'y en a pas toute une colonie. J'en trouve un au bout d'une dizaine de halls d'immeubles, et sonne. Pas de reponse. En empruntant malgre tout l'escalier histoire d'aller jeter un coup d'oeil, je tombe nez a nez avec le visage deja vu sur internet. C'est bon!
Mon hote se montre immediatement accueillant et chaleureux. Apres une douche appreciable, il m'emmene a Nin, un charmant village a dix kilometres au nord de Zadar. Nous y sommes rejoints par un soleil reprenant progressivement le dessus dans le ciel, et dont la lueur unique magnifie les lieux.
Plus tard, nous nous rendons chez des amis de Boris. Je me regale du repas barbecue auquel nous sommes convies et de l'ambiance familiale (quatre enfants, les deux parents et la grand-mere), ca change des sandwiches ou fast-food en solo avales en brochette depuis Ljubljana.
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