
Sous la pluie incessante et avec les difficultes inherentes a une grande ville, mettre les voiles depuis Zagreb ne sera pas une partie de plaisir. Mais j'ai repere sur le plan le lieu ou sevir, un argument-massue en bandouliere : la personne qui m'offrira un ticket pour quitter la capitale sera le cinquantieme chauffeur du voyage!
Privilege decroche par Tomislav, qui approvisionne des stations-essence en boissons a bord d'une fourgonnette. Un job d'appoint afin de financer une formation de prof d'histoire, m'apprend-il. Trajet mi-autoroute mi-route avec une livraison au passage jusqu'a Karlovac, environ 70 km plus loin, et discussion instructive sur les affrontements qui ont dechire Serbes et Croates quinze ans plus tot. Age de 35 ans, mon chauffeur en parle avec une certaine pudeur, me confiant que ses amis n'appartenaient pas tous au meme camp. D'apres lui, des tensions tres vivaces perdurent encore.
A Karlovac, je suis livre a pluie de hallebardes. L'acces a l'autoroute et a la route sont en vis en vis, avec neanmoins d'impitoyables panneaux "No autostop" des deux cotes! Ca commence bien... Devant le peage, pas moyen de se positionner correctement. De l'autre cote, il y a au moins un arret de bus. Mais je n'obtiens que des gerbes d'eau au passage des poids lourds. A une station-service, un kilometre plus loin, je comprends que je suis au nord de la ville, autrement dit du mauvais cote. La seule solution : marcher.
Apres deux ou trois kilometres ponctues par une serieuse tentative de ma cape de se faire la malle - il m'aura fallu retourner sur mes pas pour remettre la main dessus - pause ravitaillement dans un supermarche puis nouveau positionnement. La, je n'attend que quelques minutes avant d'etre embarque pour Rijeka, la deuxieme ville du pays. Ouf ! La chaleur de l'habitacle m'extirpe des intemperies pour une heure ou deux et me glisse dans un agreable engourdissement. On ne traverse que de minuscules villages, entrecoupes de brouillard et de forets vallonnees a perte de vue qui me rappellent que la Slovenie n'est qu'a un jet de pierre. Mon chauffeur me fait une fleur en me deposant a Kraljevica, petite ville au sud de Rijeka situee sur la route qui serpente sur la cote.
S'ensuit un manege aussi confus que cocasse : panneau de stop negligement abandonne sur un trottoir, retrouve une demi-heure plus tard, puis remis en etat a l'entree d'une eglise, a l'aide d'un bout de carton sec degote en chemin. La perspective de dormir dans la nature gorgee d'eau ne m'enchante pas vraiment. Heureusement, je tombe sur une grande cour ceinturee d'arcades, un ancien monastere semble-t-il, ou je decide d'installer mon lit de voyage a l'abri des regards. Et au sec!
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