
Impossible de resister a la tentation d'une nouvelle baignade au reveil. Je replie ensuite mes affaires sous le regard amuse d'un berger venu faire paitre ses chevres.
Apres hesitation, une berline immatriculee en Hongrie me prend au vol. A bord, un rom moustachu avec femme et enfants. j'ai du mal a le croire lorsqu'il m'affirme, carte d'identite a l'appui, qu'il n'a que 22 ans! Meme sans langue commune, le baragouninage et le langage des signes fonctionnent a plein regime, et le contact s'avere excellent malgre quelques sueurs froides sur la route (et un fou du volant de plus, un!)
Peu apres Sibenik, mon chauffeur passe quasi-immediatement le relais a un couple d'Autrichiens en route pour Split. Tres sympa aussi, ils m'obligent a puiser de nouveau dans mon vocabulaire allemand, trois semaines apres avoir quitte la Suisse. A Split, je reprend des forces, de l'eau, et m'octroie une rapide traversee du centre, avant de me poster en sortie de ville en tout debut d'apres-midi. Mais la, le "phenomene troupeau" propre aux grandes agglomerations me touche de plein fouet. Aucune voiture ne s'arrete malgre une circulation dense. A force de tendre le bras en vain durant des heures, je sens un debut de "stop elbow" a l'epaule et m'interroge : s'agirait-il de la journee nationale croate de lutte contre les autostoppeurs?
Je me resouds finalement a marcher, en vue au moins de quitter la ville pour dormir. Moins d'un kilometre plus loin, une station-essence, du bon cote de la route. Pourquoi pas? Surtout que je repere un break immatricule a Dubrovnik. C'est bon! De mon age, mon chauffeur nomme Ivan tient des propos proches de ceux de Boris concernant le mode de vie des Croates, dont beaucoup sont apparemment des adeptes du credit a outrance. Je lui fais valoir que je n'ai pas vu de pauvrete notoire depuis le debut mon sejour dans le pays. "Parce que les gens preferent ceder aux sirenes de la consommation et s'offrir une belle bagnole, quitte a ne plus rien avoir dans leur assiette a la fin du mois!" me retorque-t-il en substance. Sympathisant socialiste un brin nostalgique d'une epoque qu'il a pourtant peu connue, Ivan parle aussi avec amertume d'une corruption qu'il estime desormais omni-presente, pour l'obtention d'un examen par exemple.
Peu avant le coucher du soleil, il me largue dans le village de Gradac. Un coup de fil et quelques dizaines de minutes plus tard, Mokia, 27 ans, vient me chercher en velo. Elle vit avec sa mere Veronika et son frere Ricardo dans une maison perchee a quelques metres de l'eau. Ryan, un autre Couchsurfer canadien sejournant depuis plus d'un an en ex-Yougoslavie - il parle meme le Croate - est arrive quelques heures avant moi. Tout le monde fait connaissance autour d'un delicieux plat de pates.
Apres avoir bourlingue en Europe, Ricardo projette avec sa soeur et un ami de monter une petite agence proposant aux touristes des activites en montagnes et rivieres. Pleinement conscient des ravages provoques par le tourisme de masse (la cote d'Azur ou la costa Brava en Espagne n'en sont que des exemples edifiants parmi d'autres qu'il connait), il me livre un point de vue tres raisonne sur la question. Interessant, car la region ne se distingue pas uniquement par la beaute de sa cote. |