
En quittant le camping l'Alba d'Oro, nous esperons rallier Koper, environ 180 km plus loin en Slovenie. Mais la loose semee a Brescia a du nous ratrapper en gondole. Elle ne nous laissera pas prendre la poudre d'escampette d'Italie si facilement!
Route, autoroute, puis re-route. Rien n'y fait, pas meme notre innovante et bucolique tentative de "stop-flower", un bouquet de coquelicots en main. Seul notre bronzage progresse. Avec quatre heures d'attente, nous pulverisons notre glorieux record etabli a Milan!! Encore une fois, nous constations que l'homo-autostoppus est une espece probablement trop veneneuse aux yeux des conducteurs italiens. Espece qui suscite une indiferrence glaciale, ou au mieux, un coup de klaxon amuse devant son audace aussi exotique qu'incongrue. De rares et valeureux chauffeurs - peu d'Italiens de souche - osent neanmoins approcher l'homo-autostoppus, et parfois meme lui faire l'aumone d'un court trajet. Une certitude inebranlable habite alors leur esprit : il faut a tous prix conduire ces etranges animaux egares sur l'asphalte vers la gare la plus proche. Qu'importe leurs vains baragouinages et mines deconfites, leur salut ne peut venir que d'une voie. Il treno! Il treno!
Mais l'homo-autostoppus est decidement une espece imprevisible et capricieuse, qui s'entete a vouloir descendre de voiture en sortie de ville plutot qu'au refuge ferroviaire qu'on lui propose gracieusement. Trois Syriens en font a leur tour l'incroyable experience.
A San Dona da Viede, environ vingt kilometres a l'est de Mestre, nos deux homo-autostoppus se mettent en quete de nourriture. Seulement voila! La memoire de ces deux specimens etant en tous points comparable a celle d'un poisson rouge, ils ont oublie qu'on etait dimanche, ce qui complique enormement la chose dans une petite bourgade d'environ 10 000 habitants! N'ayant avale que de maigres bruscette depuis le debut de la journee, les deux mammiferes affames debusquent enfin une tratorria providentielle vers laquelle ils se trainent et engloutissent deux petits sandwiches.
Puis il s'agit de rallier leur milieu naturel : les bords de route. Mais San Dona arbore tous les attributs d'une belle destination loose du meme accabit que Rovato : bretelles et ponts en pagaille qui ne menent a rien et restent a bonne distance de l'autoroute, la quietude d'un dimanche en plus. Apres plusieurs reperages et repositionnement suite aux conseils d'une mamie, j'ai deja visualise une lisiere de petit bois ou planter la tente. L'attente nous laisse le temps de gamberger. A nos interrogations, plusieurs conducteurs nous ont replique que si l'homo-autostoppus etait une espece menacee dans leurs pays, c'est que les Italiens en ont peur. "Tutta mafia!" nous a meme lance l'un d'eux. Mais s'agit-il d'insecurite reelle ou d'un sentiment d'insecurite, ce phenomene si maleable politiquement, sans doute le meme qui conduit a percher des cameras de surveillance jusque sur la tranquille promenade du bord du lac, a Salo? Quoiqu'il en soit, je trouve ce repli sur soi extremement attristant.
Un homme affable nous met du baume au coeur en nous conduisant jusqu'a Portogruaro, soit plus loin que sa destination initiale, et sans meme tenter de nous fourrer dans le premier train venu. Au centre anime de cette petite ville, nous achetons a manger puis installons notre campenment au fond d'une impasse residentielle. Un riverain nous donne gentillement le feu vert pour profiter de ce carre de verdure. Apres une telle journee, un simple sourire fait un bien fou.
|