
Il existe encore de nos jours des allumeurs de reverberes. Du moins a Wroclaw, ou un prepose a l´eclairage traditionnel des environs de la cathedrale passe chaque soir afin de mettre en lumiere le quartier. Une fois clairseme d´ilots d´un jaune tamise, celui-ci revet une couleur d´antan, singuliere et romantique. Les paves ne sont alors plus battus que par de rares passants.
C´est ainsi en nocturne que j´ai eu un premier apercu de Wroclaw, en compagnie de Jarek et Emilia, qui parle de sa ville natale avec un enthousiasme communicatif. Bien que 70% des batiments furent detruits pendant la seconde guerre mondiale, des efforts manifestes de restauration ont redonne au centre historique un certain cachet. Certains immeubles portent malgre tout encore des impacts de balles ou d´exlosions. D´autres, qui semblent avoir traverses les epoques les plus tourmentees, voient leurs balcons croulants soutenus pas des ossatures de bois dressees a-meme le trottoir. Autre curiosite : ces statuettes rieuses de la taille d´un nain de jardin, habillees d´une cape et d´un chapeau a bords longs. Sur les places publiques ou pres des portes d´entree, il s´agit de clins d´oeil a des groupes d´habitants qui par leur comportement subversif, meme discret, defiaient naguere la brutale autorite communiste, si j´ai bien compris.
Wroclaw de jour. Sur Rynek, la place principale, la lumiere naturelle laisse contempler un arc en ciel de facades pastel. Contrairement a Krakow, ou certains endroits fourmillent de touristes et de guides dont certains vont jusqu´a proposer des "Communism tours" a prix immodere a bord d´une Trabant, les rues sont essentiellement arpentees par des locaux. Le coeur de la ville pourrait rivaliser avec Venise par son stupefiant nombre d´eglises, souvent tres grandes, et par ses mutliples ponts enjambant plusieurs bras de la riviere Oder. Il ne manque probablement a Wroclaw qu´un site emblematique pour attirer davantage de visiteurs. La principale attraction de la ville est en realite une gigantesque peinture panoramique de 114 metres de long et 15 de haut. Cette oeuvre represente la bataille de Raclowice, qui vit en 1794 une armee de farouches paysans polonais repousser l´envahisseur russe (ce qui n´allait pas empecher des defaites ulterieures, puis la partition de la Pologne peu apres). Les communistes au pouvoir apres la seconde guerre mondiale etant peu enclins a celebrer un cuisant echec russe, le panorama est reste a l´ombre durant plusieurs decennies, avant de prendre place en 1985 dans un batiment circulaire specialement concu a cet effet. Depuis une estrade centrale, le spectateur est comme place en temoin au sommet d´une colline, au coeur de la bataille. Cette impression saisissante est renforcee par un decor adequat qui etire la scene jusqu´a ses pieds.
A midi, dans une cafeteria bon marche, j´ai avale une assiete de bigos, specialite polonaise a base de chou accompagne de morceaux de viande et de saucisses (oui, le regime vegetalien c´etait en demi-pension seulement...). Un plat qui fleure deja un peu la choucroute, l´Allemagne n´est plus tres loin.
Principale information de la journee pour finir : en fin d´apres-midi, le soleil est revenu brievement avant de se coucher, offrant a Wroclaw quelques rayons a dose homeopathique. Mais apres douze jours consecutifs sans la moindre eclaircie, on se contente de peu. |