
Durant mon deuxieme jour de visite a Prague, je me suis lance a l´assaut du plus grand chateau du monde. Pourquoi l´appeler chateau d´ailleurs ? Majestueusement installe sur une colline, ce gigantesque complexe fortifie qui reste le siege du pouvoir tcheque ressemble plus a une seconde ville dans la ville. Cette ceinture de remparts renferme un palace royal, plusieurs musees, les boutiques d´artisanat de la ruelle d´Or, et l´immense cathedrale Saint-Vitus.
Depuis que je voyage en Europe centrale, je prete relativement peu attention au patrimoine religieux, qui ressemble davantages a celui qu´on connait en France que dans les pays majoritairement orthodoxes precedemment traverses. Je n´etais toutefois pas reste indifferent a la cathedrale de Krakow, son superbe marbre noir et son abondance de sculptures. Celle du chateau de Prague se revele encore plus impressionnante. Filtree par des vitraux d´une hauteur sans fin, une lumiere doree et mystique innonde la nef centrale. Tout aussi magnetiques sont les vastes vitraux figuratifs lateraux. L´edifice comprend aussi de prestigieux retables, des tombeaux royaux et une grande tour actuellement fermee pour cause de restauration. A l´exterieur, il suffit de lever le nez pour apercevoir quantites de gargouilles, ces creatures fantastiques figees au dessus du vide. Depuis le jardin des remparts, je rejoins ensuite le quartier de Mala Strana, ses rues pavees, ses batiments elegants, ses boutiques et restaurants a l´evidence destines aux touristes, avant de faire un crochet par les jardins du Senat.
Troisieme et dernier jour. Cette fois, je prend le large, loin des corteges de visiteurs, pour me rendre a Vysehrad, autre site fortifie un peu plus excentre. Son tranquille parc, qui a revetu ses premieres couleurs automnales, constitue un agreable ecrin de verdure pour une autre cathedrale et un cimetiere dans lequel repose une longue brochette de personnalites tcheques. Agrementees de statues plus imposantes les unes que les autres, les tombes constituent des monuments a part entiere.
En revenant a pieds vers le coeur historique de la ville, je traverse Nove Mesto (la "nouvelle ville", pas si recente que ca). Meme hors du centre nevralgique de la capitale, d´innombrables batiments presentent une architecture des plus raffinees, empruntant a tous les styles, ce qui explique l´un des qualificatifs de Prague, "le reve en pierre". J´aboutis finalement devant le pharaonique musee national, qui fait face a la place Wenceslas. Cet endroit a toujours ete l´epicentre de toutes les manifestations d´envergure, en particulier durant l´ere communiste. Un memorial rend d´ailleurs homage a Jan Palach et Jan Zajic, deux etudiants qui, a quelques mois d´intervalle en 1969, se sont immoles par le feu pour protester contre l´invasion sovietique. Celle-ci visait a etouffer les aspirations democratiques portees par "le printemps de Prague", et allait aboutir a la nomination de neo-staliniens pur jus a la tete du pays, histoire de resserrer la vis plutot deux fois qu´une...
Ces evenements, entre autres, sont relates au musee du communisme, qui, preuve irrefutable que le marteau et la focille sont desormais bel et bien enterres, est camoufle derriere le plus grand Mac Donald's de la ville. L´exposition est organisee comme une tragedie en trois actes - le reve, la realite, le cauchemar - avec reperes historiques et ideologiques, plusieurs reconstitutions (une salle de classe, une epicerie au choix de produits tres limite...), ou encore des peintures ou poemes grandiloquents evoquant le culte de la personnalite de Staline. Le musee permet en somme de se familiariser avec les evenements qui ont secoue Prague et la Republique Tcheque durant la seconde moitie du XXeme siecle.
Ma derniere image de Prague sera celle du jour fuyant face a la penombre rampante, toutefois tenue en respect par les illuminations du chateau. |